La genèse rassemble les fondements du projet Flou sentimental. Ils décrivent les états traversés, l'envie qui succède à l'abandon - puis inversement.

 

I

L’ascension émotionnelle

Avant, il devait y avoir des écrits, des ébauches de ces dessins au fusain, des anecdotes imprécises que l’on se raconte pour ne pas les laisser tomber dans l’oubli.

Avant lorsque l'obscurité venait chasser la lumière au coin du jour, tu fermais tes yeux pour te laisser bercer par cette ballade que d'autres ne voulaient plus entendre.

Avant, il y avait l’ascension émotionnelle.

Et maintenant ?

II

Prolonger les jours heureux

Le bruit bourdonnant du bonheur résonne encore dans les oreilles. Les yeux s’ouvrent lentement mais subsiste ce voile épais et flou. Leurs lumières s’entêtent et persistent.

Comme un joli rêve qui se termine, et même si je ne trompe personne, je fais prolonger les jours heureux.

III

Quelque part entre toi et moi

L’infinité des perspectives donne matière à explorer les ensembles où, peut être, tu auras trouvé un peu de paix. Là où les heurts se meurent, où le dialogue renait; là où le coeur est relayé par une épaule solide et réconfortante.

L’infinité des perspectives donne matière à croire que les choses ont compté.

Quelque part entre toi et moi.

IV

Voir

On dit souvent de quelqu’un qu’il a un œil pour la photographie.
On ne parle que rarement de ses yeux.
On évoque en fait quelque chose au singulier.
Finalement, on dit de quelqu’un qu’il a un œil pour la photographie car il voit et déclenche avec son cœur.

Ouvre ton cœur, vois.

V

J’ai oublié que l’on ne s’aimait plus

Comme lorsque tu souriais pour me faire sourire. Comme lorsque je pleurais, parce que tu pleurais. Comme lorsque ta main, dans la mienne, on se retrouvait.

Aujourd’hui encore, je crois que j’ai oublié que l’on ne s’aimait plus.

VI

Si je suis photographe

Si la religion peut alléger le poids de la douleur.
Si l’alcool peut noyer le chagrin.
Si la chimie peut dissoudre la douleur.
Si le chanteur peut chanter son blues.
Si l’écrivain peut coucher son spleen sur papier.

Je peux précipiter mes sentiments sur des photos.

VII

Je sors du mutisme. Je fais dire, et je suis.

Elles devront me passer sur le corps.

Je vois pointer un mouvement anarchique, mes croyances se soulèvent égoïstement. Elles revendiquent le droit d’être exprimées, par un procédé linguistique, et ainsi se sublimer en pensées, prêtes à rejoindre l’ensemble du Réel.

Je sors du mutisme. Je fais dire, et je suis.

Elles passent sur mon corps.

VIII

Âme vagabonde

Les croyances parlent de ta beauté, omniprésente. Il est dit qu’il suffit d’être à l’écoute et d’être attentif pour la révéler. Et le moment appelant l’instant, on peut alors l’enlacer; puis laisser tomber les barrières et se dévoiler.

Mes errances, conséquences cruelles du paradoxe de ton omnipotence, m’amènent vers le renoncement. Oui, je vois, mais il semble que tu ne me parles plus.

IX

Nos promesses

Tu voulais naviguer sur un océan de quiétude, t’en remettre aux étoiles et au souffle des Alizés. J’étais ce capitaine, fier de tenir la barre, en direction de cette terre d’accueil, si proche au crépuscule, déjà si lointaine au matin.

Les promesses de beaux jours qui ne trouvent d’oreilles à qui parler, s’écoulent; et puis sombrent.

Et si on écoutait ? Et si on s’écoutait.

X

Et tu pleures

Elle ne compte pas parce qu’elle est belle, elle compte parce qu’elle est vraie.
Tu ne pleures pas parce qu’elle est belle, tu pleures car tu la voulais éternelle.

XI

Si tu pouvais percevoir ce que j’ai pu effleurer

Les photos se perdent, se contredisent, se cachent derrière les critères esthétiques et techniques. Elles cherchent leur légitimité en se confrontant aux formules inscrites dans les livres.

Si tu pouvais percevoir ce que j’ai pu effleurer. Si tu savais qu’au delà de la beauté, tu avais la possibilité de dévoiler la vérité avec générosité.

Devant une telle responsabilité, si tu laissais les commandes à ton cœur ?

XII

Et si on le faisait

Il y a bien sûr cette impression de vide, du temps suspendu, ces hésitations. Le bleu? le rouge? si c’était aussi simple.

Mais par delà ces non ressentis, il y a surtout une absence de folie.

Celle qui fait qu’on démarre sa voiture, puis qu’on fait demi tour au premier rond point car on n’a pensé qu’à son matériel photo. Et puis on fait son baluchon avec les premiers sacs recyclables qu’on trouve derrière la machine à laver; puis enfin prendre la route.
Celle qui fait qu’on ne compte plus le nombre de fois où on a dû faire le plein. Car on y est au rendez-vous.

Et on le fait.